Les éditions Octoquill ont lancé un challenge sur tout le mois d’octobre. Le but est d’écrire une micro-fiction, de créer un dessin et/ou de faire un montage vidéo sur un thème donné. Il y a 31 thèmes, un pour chaque jour du mois. Vous trouverez plus d’informations ICI.
J’ai décidé de participer à ce challenge – à mon rythme – et de vous proposer mes textes en lecture gratuite. Ces textes sont bruts, relus et corrigés qu’une ou deux fois, donc définitivement imparfaits.

Thème jour 5 : L’invité en trop

L’invité en trop

— Maman, pourquoi il y a quatre couverts sur la table ?
— Parce que nous avons un invité supplémentaire ce soir.
Marie regarda sa fille exploser, elle s’y était attendue :
— T’es sérieuses ? T’as invité Georges ? Comment t’as osé ? Tu sais que papa est mort il y a que six mois ? Comment tu peux vouloir baiser avec un autre et nous le présenter alors qu’on a pas encore fini notre deuil ? Tu devrais avoir honte !
Marie resta ébahie. Elle avait imaginé sa fille furibonde, mais pas à ce point. Ses yeux s’emplirent de larmes, des larmes de colère, de dépit et de honte.
Pour qui sa fille la prenait-elle ? Pour commencer, elle n’avait pas à lui parler comme ça. Ensuite, bien sûr qu’elle savait la mort de son mari si fraîche ; encore aujourd’hui, le déchirement dans son cœur le lui rappelait, à chaque minute qui passait. C’était un drame si lourd à porter. Et enfin, elle se sentait coupable : parce qu’elle ne cessait de se demander ce que ça ferait si George intégrait leurs vies à plein temps. Cela l’aiderait-elle à se remettre ?
Marie souffla intérieurement. Elle allait répondre à sa fille et lui ordonner de gagner sa chambre, elle avait dépassé les bornes, mais cette dernière avait déjà disparu.

Marie venait de sortir le dessert du four en souriant, le préféré de son mari : un cookie géant chocolat-banane. Pas vraiment le meilleur choix pour les fêtes de Noël, mais ce soir, elle se fichait des traditions. Et puis, elle n’avait jamais réussi à cuisiner correctement des bûches, elle n’arrivait pas à les rouler sans qu’elles ne se fendent et que ses enfants se moquent d’elle.
Elle emporta le mets chocolaté dans le salon où l’attendaient ses enfants. Sa fille avait daigné leur accorder sa présence, malgré la précédente dispute. Peut-être avait-elle repris ses esprits ? Marie en doutait. Elle savait sa benjamine trop curieuse pour laisser passer une opportunité telle que celle-ci : si Georges était vraiment l’invité surprise, elle voulait à coup sûr voir à quoi il ressemblait, car elle n’en avait encore jamais eu l’occasion.
Son fils, lui, était tel qu’il se présentait tous les jours depuis la mort de son mari : vide et lasse, sans vie. Marie espérait que ce soir lui redonnerait le sourire, et peut-être son innocence qui avait depuis disparue. Elle pria pour qu’ils retrouvent tous deux un semblant de vie sous l’autorité paternelle qui se représentera.
— Non, mais c’est quoi ce délire ? C’est le cookie de papa ! Tu ne peux pas le faire pour ton amant !
— Bon, Julie, ça suffit maintenant ! Tu stoppes tout de suite ce comportement de gamine effrontée et tu vas t’asseoir.
Marie n’en pouvait plus. Sa fille lui sortait par les yeux, même si elle l’aimait à en mourir. C’était d’ailleurs pour ça qu’elle s’était donnée tant de mal ce soir, pour eux, pour ses enfants.
D’un claquement de doigts, elle fit signe à son fils de suivre sa sœur et d’aller s’asseoir à sa gauche.
— Bien, maintenant que vous êtes là, je peux travailler sur la surprise. Non, tu ne la gâcheras pas, Julie.
Marie foudroya l’adolescente du regard, ce qui le fit taire immédiatement.
— Et toi David, je compte sur toi pour au moins adresser un bonjour à notre invité.
Le garçon ne la regarda pas, ce fut à peine si les mots l’atteignirent.
— Bon, vous restez là et vous patientez quelques minutes. Il ne va pas tarder et je dois me préparer à l’accueillir.
Marie essuya du regard celui accusateur de Julie. Si l’adolescente voulait faire la tête, tant pis. Elle, elle se battrait jusqu’au bout pour leur offrir un Noël merveilleux.

Lorsque Marie réintégra le salon, ses enfants n’avaient pas bougé d’un pouce. Et ils étaient toujours fidèles à eux-mêmes : son fils débordait de platitude et sa fille de colère.
— Bien, qui veut commencer ?
Julie la défia.
— Tu ne veux pas attendre Georges ? Je suppose que vu que tu t’es habillée comme une traînée, ça peut être que lui qui doit arriver.
Marie lui jeta un regard désespéré.
— Oh, ma chérie, si tu apprenais seulement à te taire, écouter, et lire dans les scènes qui se déroulent autour de toi…
L’adolescente ne répondit pas.
— Très bien, je me lance. Tenez, ouvrez-le ensemble.
Aucun des enfants n’attrapa le cadeau que leur tendait Marie. Soufflant, elle s’approcha d’eux, s’accroupit entre les deux et les força à la regarder.
— Je vous promets, mes chéris, que vous allez aimer ce présent.
Elle avait partagé dans ces mots tout l’amour qu’elle ressentait. David l’avait perçu, il lui décrocha un regard rempli d’espoir. Peut-être avait-il deviné ? Il était le plus rêveur de la fratrie, c’était possible qu’il ait compris ses intentions.
Sans un mot, le garçon agrippa le présent d’une main et de l’autre le manchon de sa sœur. Ensemble ils déchirèrent le papier cadeau et ouvrirent la boite avec précipitation. Ils étaient tous les deux impatients de découvrir ce que leur mère leur avait offert.
La boite était vide.

Marie pleurait. Elle regardait en face d’elle, vers cette ombre si familière, vers ce corps qu’elle avait tant caressé et aimé. Elle enfouit ses yeux dans les siens et lui sourit, lui envoya tout son amour. Elle lui partagea en quelques secondes ses doutes, ses actes, ses gênes, et il les comprit tous. Il lui sourit en retour, inclina la tête, acceptant chacun de ses choix.
Rassérénée, Marie, qui ne se préoccupait absolument pas de ses enfants qui, soit lui criait dessus pour l’une, soit s’était renfermé dans son mutisme pour l’autre, leur chuchota de se taire et de regarder. Ils ne l’entendirent pas, mais ils détournèrent tout de même les yeux vers ce que leur mère aimait de tout son cœur.
À leur tour, ils pleurèrent.

Péléane

J’espère que cette nouvelle vous aura plu, je vous retrouve vite pour la nouvelle suivante,

Péléane.


Octoquill (a French publisher) has launched a challenge running throughout October. The goal is to write a piece of micro-fiction, create a drawing, and/or make a video montage based on a specific theme. There are 31 themes—one for each day of the month. You can find more information HERE (in French).
I have decided to participate in this challenge – at my own pace – and to offer you my texts for free reading. These are raw drafts, proofread and corrected only once or twice, so they are definitely imperfect.

Day 5: The Extra Guest

The Extra Guest

“Mom, why are there four place settings on the table?”
“Because we have an extra guest tonight.”
Marie watched her daughter explode; she had expected it:
“Are you serious? You invited Georges? How could you? Do you realize Dad only died six months ago? How can you want to sleep with someone else and introduce him to us when we haven’t even finished grieving? You should be ashamed!”
Marie was stunned. She had imagined her daughter furious, but not to this extent. Her eyes filled with tears, tears of anger, resentment, and shame.
Who did her daughter think she was? For starters, she had no right to speak to her like that. Then, of course she knew her husband’s death was still so fresh; even now, the ache in her heart reminded her of it with every passing minute. It was a burden so heavy to bear. And finally, she felt guilty—because she kept wondering what it would be like if George became a full-time part of their lives. Would it help her heal?
Marie let out a silent sigh. She was about to answer her daughter and order her to go to her room—she had crossed the line—but the girl had already vanished.

Marie had just taken the dessert out of the oven with a smile—her husband’s favorite: a giant chocolate-banana cookie. Not exactly the best choice for Christmas, but tonight, she didn’t care about tradition. And besides, she had never managed to cook Christmas logs properly; she couldn’t roll them without them splitting and her children making fun of her.
She carried the chocolate treat into the living room, where her children were waiting. Her daughter had deigned to join them, despite their earlier argument. Perhaps she had come to her senses? Marie doubted it. She knew her youngest was far too curious to pass up an opportunity like this: if Georges really was the surprise guest, she certainly wanted to see what he looked like, having never had the chance before.
As for her son, he was just as he had been every day since her husband’s death: hollow, weary, and lifeless. Marie hoped this evening would bring back his smile—and perhaps the innocence he had lost along the way. She prayed that both of them might regain some semblance of a normal life under the paternal authority that was about to re-enter the picture.
“What on earth is this? That’s Dad’s cookie! You can’t make it for your lover!”
“All right, Julie, that’s enough! Stop acting like an insolent brat this instant and go sit down.”
Marie had reached her limit. She couldn’t stand the sight of her daughter anymore—even though she loved her to death. That was precisely why she had gone to such lengths this evening: for them, for her children.
With a snap of her fingers, she motioned for her son to follow his sister and go sit to her left.
“Right, now that you’re here, I can work on the surprise. No, you aren’t going to spoil it, Julie.”
Marie shot the teenager a withering look, silencing her instantly.
“And you David, I’m counting on you to at least say hello to our guest.”
The boy did not look at her; the words barely reached him.
“Right, you two stay here and wait a few minutes. He’ll be here soon, and I need to get ready to welcome him.”
Marie brushed off Julie’s accusatory glare. If the teenager wanted to sulk, so be it. She, for her part, would fight to the very end to give them a wonderful Christmas.

When Marie returned to the living room, her children hadn’t moved an inch. And they were always true to themselves: her son was overflowing with blandness and her daughter with anger.
“Okay, who wants to start?”
Julie challenged her.
“Don’t you want to wait for Georges? I assume that since you’re dressed like a slut, it must be him who’s coming.”
Marie cast a desperate glance at her.
“Oh, my dear, if only you would learn to hold your tongue, listen, and read the scenes playing out around you…”
The teenager didn’t answer.
“All right, here goes. Go on, open it together.”
None of the children reached for the gift Marie was holding out to them. With a sigh, she approached them, crouched between them, and forced them to look at her.
“I promise you, my darlings, that you’re going to love this gift.”
She had poured all the love she felt into those words. David sensed it; he gave her a hopeful look. Perhaps he had guessed? He was the dreamer of the siblings; it was possible he had understood her intentions.
Without a word, the boy grabbed the present with one hand and his sister’s muff with the other. Together, they tore off the wrapping paper and hurriedly opened the box. Both were eager to discover what their mother had given them.
The box was empty.

Marie was crying. She looked straight ahead, towards that familiar shadow, towards that body she had so caressed and loved. She buried her eyes in his and smiled at him, sending him all her love. In those few seconds, she shared her doubts, her actions, and her awkward moments with him, and he understood them all. He smiled back and inclined his head, accepting every one of her choices.
Reassured, Marie—paying no heed to her children, one of whom was shouting at her while the other had retreated into silence—whispered for them to be quiet and look. They did not hear her, yet they turned their eyes toward what their mother loved with all her heart.
In their turn, they wept.

Péléane

I hope you enjoyed this short story. I’ll see you soon for the next one,

Péléane.

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