Les éditions Octoquill ont lancé un challenge sur tout le mois d’octobre. Le but est d’écrire une micro-fiction, de créer un dessin et/ou de faire un montage vidéo sur un thème donné. Il y a 31 thèmes, un pour chaque jour du mois. Vous trouverez plus d’informations ICI.
J’ai décidé de participer à ce challenge – à mon rythme – et de vous proposer mes textes en lecture gratuite. Ces textes sont bruts, relus et corrigés qu’une ou deux fois, donc définitivement imparfaits.
Thème jour 2 : La porte scellée
⚠ Attention ⚠ Cette nouvelle est une nouvelle horrifique, elle n’est pas adaptée à tous les âges (+18), ni à tous.tes. Avant de la lire, merci de prendre en compte ces avertissements.
La porte scellée
Je sens son souffle dans mon cou. Un air chaud, presque brûlant, autant que les flammes qui proviennent de son corps. Il veut m’effrayer encore plus que je ne le suis. Il n’y arrivera pas, c’est déjà l’explosion dans mon crâne. Mes pensées sont trop rivées sur le prochain sacrifié et son visage rempli de torpeur, sur les supplices que je sais indubitablement qu’il va essuyer, que rien ne pourrait plus m’horrifier que l’instant présent, pas même ma propre mort. Je pense que je préférerais y passer plutôt que d’être témoin, une nouvelle fois, de ce qui attend cet homme sans défense.
La créature me quitte enfin pour se concentrer sur la victime. Sans m’en rendre compte, je me remets à respirer. Quand ai-je commencé à retenir ma respiration ? Lorsqu’elle a posé ses pupilles de rubis sur moi ou quand elle est venue se lover si près de mon dos ? Je ne sais pas, mais je manquais d’air. Je me reprends avant que le démon ne remarque de nouveau ma présence. J’ai l’impression qu’il m’aime trop, comparée aux autres. Que je suis son désir le plus fort, que c’est pour cela qu’il ne me choisit pas, et que c’est pour cela que de jour en jour je survis, et que d’autres meurent à ma place.
Il se colle à sa victime, ses flammes lèchent sa peau humaine nue, jusqu’à le faire hurler de douleur. L’homme partira avec un handicap. La créature rit d’un rire qui provient des tréfonds des enfers. Une fois calmée, son hilarité passée mais pas son avidité, elle claque des doigts. Le son résonne puissamment dans la pièce, de façon à ce que tous l’entendent. L’homme ne veut pas y aller, lui aussi sait ce qu’il l’attend. Alors le monstre s’approche encore plus près, le brûle jusqu’à ce qu’il parte, l’humain crie si fort que je tombe à genoux à sa place. La douleur m’irradie comme si elle était mienne. Les larmes montent et la créature sent leurs odeurs salées ; elle se détourne vers moi. Je crois deviner un sourire se former sur son visage de feu.
Elle me quitte des yeux pour se concentrer de nouveau sur la victime qui n’a aucune chance. L’homme souffre tant qu’il avance en trébuchant. Il n’atteindra pas la porte, lui non plus.J’eus un jour supplémentaire de répit. Aujourd’hui, c’est la femme à ma gauche qui a été choisie. Elle a été moins bête, elle est partie assez vite, courant dès que ses liens eurent été défaits, mais a chuté sur un obstacle invisible, ce qui l’a empêchée d’atteindre la porte. Pour la première fois, le démon m’a adressé la parole : « Rien ne sert de courir, cher agneau. » Son souffle empestait la chair brûlée, il s’était repu peu de temps auparavant et il voulait me le faire savoir. Lorsque ce serait mon tour, il se délecterait de moi, prenant tout son temps, me savourant, morceau par morceau.
Les jours passent et je deviens de plus en plus faible. Je bois l’eau croupie qui tombe du toit, mais je ne mange pas. Un homme a réussi à attraper une souris, il l’a dévorée sans en partager une seule miette. Je ne peux lui en vouloir, j’aurais fait la même chose.
Les victimes meurent, de façon incessante, régulière, à chaque fois que le démon entre, à chaque fois qu’il souhaite s’amuser. Et à chaque fois, elles trépassent dans d’atroces souffrances, sans atteindre cette fichue porte fermée.
Y arriverais-je lorsque ce sera mon tour ?Et celui-ci ne tarda plus. Quand il est de bonne humeur, ça m’horrifie de le dire de cette façon, le monstre ramène de nouveaux humains qui ne servent qu’à assouvir ses envies et ses faims. Aujourd’hui c’est une magnifique femme blanche comme la neige. Des pieds à la pointe de ses cheveux, elle semble briller d’éclats de diamant qui reflètent ses flammes. Alors je comprends instantanément : c’est ma fin.
Je ne pensais pas que je pourrais être encore plus effrayée que je ne le suis déjà. Le démon avait tenté tous les jours d’emballer mon cœur, de faire grandir ma peur, il n’avait jamais réussi. À l’exception d’aujourd’hui. Il suffit qu’il pose ses yeux rouges sur moi pour que je perde le peu de confiance qu’il me reste. À présent, je ressens réellement ce qu’ont éprouvé les autres avant moi. De la compassion, en plus de la pitié. Sauf qu’il y a une différence entre eux et moi : c’est que moi, j’atteindrai cette porte, je l’ouvrirai, et je serai libre.Mes liens furent défaits. De suite, je m’éloigne d’un pas du monstre. Hors de question que je parte brûlée ; hors de question que je ne tarisse la moindre de mes chances. Je survirai.
J’ai tout calculé ; à chaque mort, j’ai compté les foulées. J’ai enregistré les pièges le long de ces dix mètres de couloir rectiligne, je connais le chemin par cœur. Alors avec détermination, la peur au ventre, dans mes tripes, je me lance.
Une, deux, trois, pas léger à droite.
Quatre, cinq, six, baisser la tête.
Sept, attention au trou.
Huit, neuf, dix, petit saut.
Onze, douze, les flammes.
Treize… la porte.
La porte !
J’ai atteint la porte ! J’attrape la poignée, la tourne. Mon cœur effectue les mêmes gestes, il accélère encore sa course folle et comme mon cerveau, il comprend que je suis libre !
Je suis libre. Libre…
Un clic. Un clic, puis un autre, et encore un autre, à chaque fois que mes mains rencontrent une résistance.
La porte est scellée.
Soudain, une douleur dans mon crâne explose. Je m’effondre contre la porte et avec difficultés, effectue un demi-tour pour faire face au démon. Il rit si fort que mon corps accompagne ses éclats sans que je ne puisse me contrôler. Il a gagné. Il attrape mon cou de sa main brûlante qu’il serre sans effort, sans que je ne puisse me défendre. Je suis si faible. Je vais m’évanouir si vite et très bientôt, il fera de mon qu’il voudra. Il attend de goûter ma chair depuis si longtemps…
Mes yeux se détournent de lui et croisent celui de la nouvelle à la peau laiteuse. Dans ce regard, c’est moi que je vois, lors de mon arrivée en ces lieux, au premier jour d’horreur. Je lui mime du bout des lèvres un « C’est à cause de toi », que j’espère qu’elle lit. Puis, tout devient sombre.Péléane
J’espère que cette nouvelle vous aura plu, je vous retrouve vite pour la suite,
Péléane.
Octoquill (a French publisher) has launched a challenge running throughout October. The goal is to write a piece of micro-fiction, create a drawing, and/or make a video montage based on a specific theme. There are 31 themes—one for each day of the month. You can find more information HERE (in French).
I have decided to participate in this challenge – at my own pace – and to offer you my texts for free reading. These are raw drafts, proofread and corrected only once or twice, so they are definitely imperfect.
Day 2: The Sealed Door
⚠ Warning ⚠ This is a horror story; it is not suitable for all ages (18+) or for everyone. Before reading it, please take these warnings into account.
The Sealed Door
I feel its breath on my neck. A hot, almost scalding air, as hot as the flames emanating from its body. It wants to terrify me even more than I already am. It won’t succeed; my mind is already exploding. My thoughts are so riveted on the next victim—on his dazed face and the torments I know with absolute certainty await him—that nothing could horrify me more than this very moment, not even my own death. I think I would rather die than witness, once again, what awaits this defenseless man.
The creature finally leaves me to focus on the victim. Without realizing it, I start breathing again. When did I start holding my breath? Was it when it fixed its ruby eyes on me, or when it came to coil so close against my back? I don’t know, but I was starved for air. I pull myself together before the demon notices my presence again. I feel as though it desires me too much—more than the others. That I am its deepest craving, which is why it doesn’t choose me; and that is why I survive day after day, while others die in my place.
It presses itself against its victim; its flames lick his bare human skin, making him scream in agony. The man will start with a handicap. The creature laughs—a laugh rising from the depths of hell. Once it has calmed down—its mirth spent, though its greed remains—it snaps its fingers. The sound echoes powerfully through the room, loud enough for everyone to hear. The man doesn’t want to go; he too knows what awaits him. So the monster moves even closer, burning him until he finally moves; the human screams so loudly that I drop to my knees in his place. The pain radiates through me as if it were my own. Tears rise and the creature smells their salty odors; it turns toward me. I think I see a smile forming on its face of fire.
Its tears her eyes away from me to focus once more on the victim, who stands no chance. The man is in such agony that he stumbles forward. He won’t reach the door either.I had an extra day of respite. Today, it was the woman to my left who was chosen. She was smarter; she took off quickly, running the moment her bonds were undone, but she stumbled over an unseen obstacle, preventing her from reaching the door. For the first time, the demon spoke to me: “There’s no point in running, dear lamb”. Its breath reeked of burnt flesh; it had feasted not long before and wanted me to know it. When it will be my turn, it would relish me, taking its time, savoring me, piece by piece.
The days go by and I become weaker and weaker. I drink the stagnant water dripping from the roof, but I eat nothing. One man managed to catch a mouse; he devoured it without sharing a single crumb. I cannot blame him; I would have done the same.
The victims died, incessantly, regularly, every time the demon entered, every time it wanted to have fun. And every time, they perished in excruciating agony, never reaching that damned closed door.
Would I make it when my turn came?And it was not long in coming. When the monster is in a good mood—it horrifies me to put it that way—it bring back new humans who would serve only to sate its cravings and its hunger. Today, it bring back a magnificent woman, white as snow. From her feet to the tips of her hair, she seem to shimmer with diamond-like brilliance that reflect its flames. Then I understand instantly: this is my end.
I don’t think I can be even more scare than I already am. The demon tried every day to seize my heart and stoke my fear, but it had never succeeded—until today. The moment it fixes its red eyes on me, I lost the last shred of confidence I had left. Now, I truly understand what the others before me had gone through. I fell compassion, in addition to pity. But there is a difference between them and me: I will reach that door, I will open it, and I will be free.
My bonds are undone. Immediately, I step away from the monster. There is no way I leave this place burned; no way I go to squander a single chance. I will survive. I had calculated everything; with every death, I had counted the strides. I had memorized the traps along that ten-meter stretch of straight corridor; I know the path by heart. So, with determination—and fear churning in my gut—I make my move.
One, two, three, light step to the right.
Four, five, six, lower my head.
Seven, watch out for the hole.
Eight, nine, ten, short jump.
Eleven, twelve, the flames.
Thirteen…the door.
The door!
I reach the door! I grab the handle and turn it. My heart mimics the movement; it accelerates its wild pounding even further, and—just like my brain—it realizes I am free!
I am free. Free…
A click. A click, then another, and another, each time my hands encounter resistance.
The door is sealed.
Suddenly, a pain explodes in my skull. I slump against the door and, with great difficulty, turn to face the demon. It laughs so loudly that my body involuntarily joins in his outbursts; I have no control over it. It won. It grabs my neck with his burning hand, squeezing effortlessly, leaving me unable to defend myself. I am so weak. I am about to lose consciousness, and very soon, it will do whatever it pleases with me. It has been waiting so long to taste my flesh…
My eyes turn away from him and meet those of the new girl with the milky skin. In that look, I see myself, when I arrived in this place, on the first day of horror. I silently mouth the words “It’s because of you”, hoping she reads them. Then, everything becomes dark.Péléane
I hope you enjoyed this short story. I’ll see you soon for the next one,
Péléane.

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